L’affaire ne manque pas de sel. Le géant du gadget électronique Apple mène depuis peu campagne contre... le ministère de la Justice des États-Unis. Ce n’est pas à la portée du premier quidam. En général, devant l’Autorité, quelle qu’elle soit, c’est l’histoire du pot de terre contre le pot de fer. Apple, naturellement, c’est autre chose, sa valeur en Bourse dépasse le PIB de beaucoup de pays. Alors, on peut se permettre. Ce qui ennuie prodigieusement Apple, c’est que, dans le cadre d’une enquête antitrust visant une entente supposée entre Apple et cinq éditeurs en vue de trafiquer le prix de livres numériques, la justice lui a collé, histoire de vérifier les allégations, un inspecteur aux pouvoirs les plus larges – et aux honoraires plutôt gratinés : il facture ses services 1.100 dollars (806€) de l’heure, à charge d’Apple. Le droit états-unien est ainsi fait, il est un peu spécial. L’avocat chargé d’inspecter travaille pour la justice mais il se fait payer par le présumé coupable. Apple, pas heureux, on s’en doute. Il met des bâtons dans les roues et il contre-attaque en justice : guerre d’usure. Le plus gênant, pour Apple, ce n’est pas le coût. C’est l’idée qu’on puisse percer ses secrets. On est très à cheval là-dessus chez Apple, les employés sont tenus à la plus rigoureuse confidentialité et le moindre écart, même vis-à-vis de parents, est sanctionné par un renvoi immédiat. L’inspecteur ne cadre donc pas avec la "culture d’entreprise" et ses rendez-vous avec les membres du conseil d’administration (y compris l’ex-vice-président Al Gore) ou des directeurs d’Apple ne passent pas très bien la rampe. Le ministère de la Justice n’en démord pas : ce n’est pas à Apple de déterminer qui l’inspecteur peut ou non rencontrer. Pot de fer contre pot de fer ?

Source : International New York Times, 15 janvier 2014.